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11 août 2010

Inception, de Christopher Nolan

Comme Batman 2, Inception est brillant et surprenant mais inutilement long et compliqué. Christopher Nolan est doué mais il veut trop en faire. Si l’on veut être méchant, c’est The Matrix pour adulte, avec un prétexte freudien, mais pour finalement nous faire le plein d’explosions numériques au ralenti, comme dans The Matrix. Le rêve dans le rêve aurait suffi. Etait-il nécessaire d’en rajouter une troisième couche, puis une quatrième couche in extremis? Surtout quand la deuxième couche est l’occasion d’une poursuite en voiture dans New York et la troisième une poursuite/fusillade à ski, entre James Bond et Lara Croft (cette dernière scène sombre un peu dans le ridicule). Tout de même, avec tout l’argent d’Hollywood pour les effets numériques, on aurait pu nous donner des rêves un peu plus... oniriques, et des situations un peu plus originales.

Pour être méchant encore, on pourrait appeler ça du sous Philip K. Dick. Cette histoire sur le thème du rêve, des altérations de la conscience, de la schizophrénie et des niveaux de réalité, est pratiquement un plagia de Philip K. Dick l’auteur de Minority Report et de Blade Runner, et surtout de Ubik (son meilleur livre à mon avis, pas encore adapté au cinéma - mais il parait que c’est en projet).

Voila, c’est donc tentant de dénigrer ce film pour boursouflé, agaçant, vain et prétentieux. Et cependant, le gars Nolan a un véritable talent pour raconter son histoire et certains plans, certains décors, sont vraiment beaux, comme le Paris plié en quatre. Et puis, malgré le scénario compliqué il faut reconnaître qu’on arrive à peu près à suivre et à comprendre. Bref au total, je recommande le film aux amateurs du genre.

7 février 2010

l'âge d’or de l’animation

Suite au best 50 de Time Out, j'ai eu envie de faire mon propre classement des meilleurs films d'animation. C'est l'occasion de revenir sur mon idée que nous vivons dans un age d'or de l'animation, allelujah.

Tout s’est passé au milieu des années 90 et, comme toujours dans l’histoire de l’art, les grands chefs d’œuvre sont arrivés tout de suite dès le début de la période, dans sa fraicheur et son immaturité technologique. Quatre sources majeures ont alimenté la révolution: Pixar (Lasseter et alii), Studio Ghibli (Miyazaki et Takahata), Aardman (Nick Park et alii), et les productions de Tim Burton et Henry Selick. A l’inverse de la tendance générale de l’industrie, il existe encore un véritable systeme de studio dans l’animation, ce qui signifie non seulement surface et sécurité financière pour monter de gros projets, capacité à planifier longtemps à l’avance mais aussi une continuité dans les talents, les styles et l’émulation créative entre les différents réalisateurs appartenant à la meme écurie.

Ces quatre ‘sources’ se sont déployées dans quatre techniques différentes: le dessin animé ‘2D’ traditionnel pour le Studio Ghibli, mais aussi - nouveauté des années 1990 -, l’animation par ordinateur (Computer Generated Images) pour Pixar et ses suiveurs ; et la renaissance de l’animation image-par-image (‘stop-motion’) en volume: personnages de plasticine (Aardman studios) et marionnettes (Burton, Selick). L’animation en volume se prête d’ailleurs naturellement à l’arrivée des technologies de captation et restitution en 3D qui vont marquer les années 2010. En termes de rendu esthétique, ma préférence va vers l’animation en volume, mais il fait chaud au cœur de voir qu’après la longue agonie artistique de Disney, il est encore possible de créer des œuvres d’art pour grands et petits selon des méthodes et dans un style graphique relativement classiques : Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Cela veut dire que l’histoire et les personnages sont, évidemment, toujours la chose la plus importante, ce que, par contraste, quelques opportunistes du CGI (Dreamworks) ont parfois oublié.

Au commencement, donc, il faut se souvenir que le méchant magicien Walt Disney, businessman visionnaire, cynique et conservateur, mort depuis vingt ans (1966), continuait pourtant de régner sur l’industrie du ‘dessin animé’. Son monopole incontesté sur le cinéma pour enfants entrainait l’animation toujours plus bas dans une création toujours plus infantile, laide, dénuée d’humour, méprisant l’intelligence des enfants et des adultes, véhiculant une idéologie douteuse. Les années 70 donnaient le médiocre Bernard et Bianca. Le Roi Lion, le plus gros succès des années 80 symbolisait tout cela jusqu’à l’écœurement : laideur des images et de la musique, absence d’humour, idéologie reaganienne.

Et puis soudain, donc, trois coups de tonnerre: The Nightmare before Xmas (1993), Wallace & Gromit (1996), Toy Story (1995). Burton, Aardman, Pixar. Miyazaki et le studio Ghibli produisaient des longs métrages depuis 15 ans déjà mais c’est au début des années 90 (Porco Rosso 1992, Princesse Mononoké 1997) que le public occidental a commencé à le découvrir. L’originalité d’Aardman et la profondeur de Miyazaki ont été rapidement reconnues mais les critiques ont mis plus de temps à saluer la veine Pixar, qui formellement, se rapprochait plus de la source Disney (lovable characters, happy ends, family values). Le fait que Disney distribuait les films Pixar ajoutait à la confusion: puisque Disney appliquait son sceau, il s’agissait probablement de ‘films pour enfants’ mais juste en ‘images de synthèse’ comme on disait.

Je me souviens que le premier janvier 2000, à Barcelone je discutaillais avec mes copains cinéphiles sur l’idée d’un âge d’or de l’animation, leur disant que The Nightmare ou Toy Story étaient non seulement des œuvres d’art, les meilleurs films d’animation jamais produits, mais aussi des films supérieurs à la quasi-totalité des films en prise de vue ‘réelles’ produits dans les années 90. Pendant la décennie 2000, les quatre grandes sources ont continué de produire des chefs d’œuvres quasiment chaque année, et d’autres maisons, beaucoup d’autres auteurs ont bénéficié de financements toujours plus importants pour créer des longs métrages d’animation.

2009 a été une année exceptionnelle, avec pas moins de quatre films majeurs : Up (Pixar), Ponyo (Miyazaki), Coraline et The Fantastic Mr Fox de Wes Anderson. Le fait qu’un réalisateur comme Wes Anderson (que j'adore) choisisse l’animation stop-motion (que j'adore) pour adapter Road Dahl (que j'adore) et en faire une œuvre totalement personnelle, alors qu’il n’est pas un animateur de formation, était apparemment destiné à me combler personnellement. C'est aussi une nouvelle preuve que l’animation a quitté le ghetto et va continuer d’occuper une place de plus en plus importante dans la création cinématographique, dans tous les genres

Pour en revenir à l'histoire de cette révolution, l’achat de Pixar par Disney, avec les patrons de Pixar prenant de fait la direction créative de Disney, fut la consécration financière pour le principal pilier de l’âge d’or. La prochaine étape sera la consécration artistique ‘institutionnelle’.

Je prédis que verrons dans la décennie 2010 des films d’animation couronnés par les récompenses professionnelles majeures, Oscars et Palmes d’or. Si ceci n’est pas encore arrivé c’est que les professionnels du cinéma et les critiques de cinéma se rendent compte que les meilleurs films produits depuis 15 ans, quel que soit la combinaison de critères qu’on veuille considérer (succès public, qualité cinématographique, innovation technique et narrative, ou simplement une œuvre ‘qui restera’) sont pour la plupart des films d’animation. Lorsqu’on regarde la liste des Oscars en particulier depuis 10 ans, on voit que le Pixar ou le Miyazaki de cette année là était presque toujours un film supérieur au film vainqueur. Si donc on confine les films d’animation dans une catégorie secondaire c’est qu’ils rafleraient toutes les récompenses si on les comparait honnêtement aux films ‘normaux’ produits depuis 10 ans.

J’aime rappeler que Toy Story 2 eut droit à 10 lignes dans les Cahiers du Cinéma en 2002, dans lesquelles le critique condescendait à dire que ‘si le cinéma est l’art du divertissement, alors Toy Story 2 est un bon film.’ Le fait que Pixar, par exemple produise des films divertissants et accessibles aux familles et qui rencontrent un succès considérable a été longtemps difficile à avaler pour les critiques (et en écrivant cela je pense au critique gastronomique peine-à-jouir de Ratatouille).

Mes films préférés, donc:

1. Monsters Inc. by Pete Docter (2001) (Pixar)
2. The Nightmare Before Christmas by Henry Selick (1993)
3. Toy Story 2 by John Lasseter (1999) (Pixar)
4. My Neighbour Totoro by Hayao Miyazaki (1988)
5. Corpse Bride by Tim Burton (2005)
6. WALL-E (2008) by Andrew Stanton (Pixar)
7. Coraline by Henry Selick (2009)
8. Spirited Away by Hayao Miyazaki (2001)
9. Wallace & Gromit: The Best of Aardman Animation (1996) (Aardman)
10. Toy Story by John Lasseter (1995) (Pixar)
11. Snow White and the Seven Dwarfs (1937)
12. A Bug's Life' (1998) by John Lasseter and Andrew Stanton (Pixar)
13. The Incredibles (2004) by Brad Bird (Pixar)
14. Fantasia (1940)
15. Ratatouille (2007) by Brad Bird (Pixar)
16. Chicken Run by Nick Park and Peter Lord (2000) (Aardman)
17. Fantastic Mr Fox by Wes Anderson (2009)
18. Grave of the Fireflies (Hataru no haka) (1988) by Isao Takahata
19. Up by Pete Docter (2009) (Pixar)
20. Alice in Wonderland (Disney) (1951)
21. Le roi et l'oiseau by Paul Grimault (1980)
22. Ponyo by Hayao Miyazaki (2009)
23. Kirikou and the Sorceress by Michel Ocelot (1995)
24. Curse of the were-rabbit by Nick Park (2005) (Aardman)
25. Porco Rosso (1992) by Hayao Miyazaki
26. The Jungle Book (1967) by Wolfgang Reitherman
27. Les triplettes de Belleville (Belleville Rendez-vous) by Sylvain Chomet (2003)
28. Persepolis by Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud (2007)
29. Shrek by Andrew Adamson & Vicky Jenson (2001)
30. Team America: World Police (2004)
31. The ice age (2002)
32. Flushed away (2006) (Aardman)
33. Cinderella (1950)
34. James and the Giant Peach by Henry Selick (1996)

Time Out's best 50 animation films

Time Out a publié en Septembre 2009 une intéressante liste des 50 meilleurs films d’animation 'ever' avec de chouettes commentaires de Terry Gilliam. Ca m'a donné l'envie de faire mon propre classement.

Le numéro un de Time Out est My neighbour Totoro (Tonari no Totoro) de Hayao Miyazaki. Je trouve aussi que Totoro est un des deux ou trois meilleurs Miyazaki et ca suffit pour avoir sa place dans le top 10 de tout amateur d’animation. C’est une pure merveille pour les enfants et c’est un des plus merveilleux films écrit sur l’enfance. Le cinéma américain aurait été incapable de montrer avec une telle distance et une telle pudeur, les ressorts de l’imagination enfantine pour fuir les difficultés familiales. Et sans les complications mythologico-écologiques qui rendent parfois les Miyazaki un peu touffus pour un spectateur européen et nuisent un peu à sa fraicheur (je pense à des films par ailleurs majeurs comme Mononoké et même, dans une certaine mesure, Spirited Away).

Etonnant dans le top 50 de Time Out, l’absence de tout film Dreamworks (Shrek) et de tout film Blue Sky (les producteurs de la série Ice Age. Les rédacteurs s’en expliquent dans par ce qu’il considèrent être ‘this century’s most annoying cartoon bugbear: cultural referencing’. From the industry in-jokes of ‘Shrek’ to the soul-searching self-help psychology of the ‘Ice Age’ movies, animators seem to have forgotten how to make movies for kids without patronising their parents’. Ils n’ont pas tort. Le pire dans le genre, clins-d’oeils-aux-ados-et-aux-parents étant atteint dans des productions mineures déjà tombées aux oubliettes (Sharks, de Dreamworks). Néanmoins le premier Shrek était vraiment drôle et nouveau. Les suivants, self-referencing et pastichant le pastiche, tourne à vide. Quant à Ice Age, j’ai aussi une certaine tendresse pour le premier opus. Le synopsis est certes un copié-collé du Livre de la Jungle, mais j’aime le rendu léger et schématique des décors qui me rappelle le ViewMaster. Et pour balancer la sensiblerie famille, quelques uns des interludes ‘screwball’ avec le rat sont au contraire dingues et drole, dans l’esprit de Tex Avery.

Mais la plus inexplicable absence dans la liste est celle des studios Aardman, oubli d’autant plus étonnant venant d’un magazine anglais. Quelle fierté pourtant, pour l’Angleterre d’avoir enfanté Aardman. La France a certes créé Kirikou, les Triplettes et pleins de petites merveilles en court métrage. Mais elle n’a pas vu l’éclosion d’un véritable studio comme Aardman qui est, toutes proportions gardées, le Pixar européen : une structure créée et dirigée par des artistes intransigeants sur la qualité, générant un volume de production important et régulier de court et de longs métrages qui ont tous rencontrés succès public et critique. Aardman a aussi atteint une surface financière garantissant son indépendance artistique grâce à des films publicitaires et des séries TV (Shaun the sheep) et c’est peut-être ce genre de choses que les animateurs français, aidé par le système de soutien, se refusent à faire. Tous les longs métrages Aardman ont leur place dans un top 50 et j’ai beaucoup de mal à choisir entre eux. Mon préféré est tout de même Chicken Run. J’ai hurlé de rire devant The curse of the were-rabbit mais j’ai plus de tendresse encore pour les courts et moyen-métrages de Wallace et Gromit, dont les trois premiers (accompagnés du court oscarisé Creature Comforts et de Never without my handbag) ont été montrés en un programme long dans les salles françaises vers 1995.

Les films français n’ont pas été oubliés par Time Out et c’est avec plaisir que j’y trouve Kirikou, que j’adore, et les Triplettes de Belleville, encore que je soupçonne un étranger d’aimer surtout ce film étrange pour son coté franchouillard. Sylvain Chomet créativement, bizarrement sur des stéréotypes français (le tour de France) et l’imagerie des années 30. Persépolis est mentionné est c’est mérité mais cela pose la question de la définition de la catégorie, car Persépolis est un roman graphique et un film pour adultes. A ce compte il faudrait certainement inclure Walz with Bashir dans la liste. Et le jour où l’on fait un film à partir de Maus, faudra-t-il le comparer aux Disney/Pixar/Ardman/Miyazaki ? Il me semble que les films d’animations destinés aux familles peuvent difficilement partager une liste avec les films animés exclusivement destinés aux adultes et éventuellement dénués d’humour. J’ai fini par considérer que oui et j’inclus également Persépolis et Le Tombeau des Lucioles dans ma propre liste. J’ai aussi des réserves sur la présence de A Scanner Darkly, film en motion-capure, et pour Final Fantasy, CGI au rendu hyper-réaliste. Lorsque le jeu de véritables acteurs est capté par motion capture et rendu de manière hyper-réaliste, on n’est plus tout à fait dans l’animation telle que je l’entends ici. D’ici quelques années un grand nombre des films d’actions et de science-fiction – comme Avatar - utiliseront tellement de CGI ‘invisible’ et de motion-capture d’acteurs réels qu’ils pourront tous, techniquement parlant, être qualifiés d’hybride de films d’animation sauf à considérer que le genre, si s’en est un, signifie un décalage irréaliste dans le monde créé et l‘humour.

Enfin les vieux Disney. Il y a en a 9 dans le top 50 de Time Out. Je suis d’accord avec Snow White, un incontournable et indémodable joyau, une œuvre révolutionnaire pour 1937. J’aime aussi beaucoup Le Livre de la Jungle et Fantasia. Mais je ne suis pas trop sur de la Belle au bois dormant, pour moi typique de l’édulcoration industrielle des contes par la firme Disney. Quant à Aladdin je me souviens juste d’avoir pensé ‘pas trop mal’ pour un Disney qui touchait le fond au début des années 90, mais je n’ai jamais eu aucune envie de le revoir depuis. Dumbo et Bambi sont toujours charmants, avec des petits, mais c’est tout de même un peu dégoulinant de cuteness. J’ai de la tendresse pour Robin des bois, un des tout premiers films que j’ai vu au cinéma avec ma maman, mais on n’est certainement pas en présence d’un film majeur. J’ai par contre été impressionné à la revoyure d’Alice.

Le classement de Time-Out
1. My Neighbour Totoro by Hayao Miyazaki (1988)
2. Snow White and the Seven Dwarfs (1937)
3. The Bugs Bunny/Road Runner Movie (1979)
4. Fantasia (1940)
5. Toy Story by John Lasseter (1995)
6. Spirited Away by Hayao Miyazaki (2001)
7. Yellow Submarine by George Dunning (1968)
8. Belleville Rendez-vous by Sylvain Chomet (2003)
9. South Park: Bigger, Longer & Uncut by Trey Parker (1999)
10. Robin Hood (1973)by Wolfgang Reitherman
11. Bambi (1942) by David Hand
12. Grave of the Fireflies (1988) by Isao Takahata
13. Dumbo (1941) by Ben Sharpsteen
14. Gandahar (1988) by René Laloux
15. The Iron Giant (1999) by Brad Bird
16. Akira (1988) by Katsuhiro Ôtomo
17. The Brave Little Toaster (1987) by Jerry Rees
18. The Jungle Book (1967) by Wolfgang Reitherman
19. When the Wind Blows (1988) by Jimmy T Murakami
20. Pinocchio by Hamilton Luske & Ben Sharpsteen (1940)
21. Whisper of the Heart (1995) by Yoshifumi Kondo
22. The Nightmare Before Christmas (1993) & Coraline (2009) by Henry Selick
23. Perfect Blue (1997) by Satoshi Kon
24. The Incredibles (2004) by Brad Bird
25. Watership Down (1978) by Martin Rosen
26. Princess Mononoke (1997) by Hayao Miyazaki
27. Antz (1998, Dreamworks), 'A Bug's Life' (1998, John Lasseter and Andrew Stanton, Pixar)
28. Persepolis by Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud
29. The Secret of NIMH (1982) by Don Bluth
30. Porco Rosso (1992)by Hayao Miyazaki
31. WALL-E (2008) by Andrew Stanton
32. Kirikou and the Sorceress by Michel Ocelot
33. Aladdin (1992) by Ron Clements and John Musker (Disney)
34. Ghost in the Shell (1995) by Mamoru Oshii
35. Beavis and Butt-head Do America (1996) by Mike Judge and Yvette Kaplan
36. The Lord of the Rings (1978) by Ralph Bakshi
37. A Soldier’s Tale (1984) by RO Blechman & Christian Blackwood
38. Ratatouille (2007) by Brad Bird (Pixar)
39. Aqua Teen Hunger Force Colon Movie Film For Theatres by Matt Maiellaro & Dave Willis
40. Animal Farm (1954) by John Halas & Joy Batchelor
41. FernGully: The Last Rainforest (1992) by Bill Kroyer
42. Fritz the Cat (1972) by Ralph Bakshi
43. Happy Feet (2006) by George Miller
44. Waking Life (2001) / A Scanner Darkly (2006) by Richard Linklater
45. Transformers – The Movie (1986) by Nelson Shin
46. Paprika by Satoshi Kon
47. Sleeping Beauty (1959) by Clyde Geronimi
48. Final Fantasy: The Spirits Within (2001) by Hironobu Sakaguchi
49. Cloudy With a Chance of Meatballs (2009) by Phil Lord
50. Heavy Metal (1981) by Gerald Potterton

30 janvier 2010

les big four entre eux

Manchester, la saison dernière, a montré qu’on peut être champion tout en perdant le mini-championnat entre les big four. United n’a marqué qu’un piteux 5 points sur 18 possibles contre les trois autres big four et a perdu deux fois contre son concurrent direct Liverpool, qui, lui, a marqué 14 points sur 18 possible… et pourtant, United a été champion avec 4 points d’avance sur Liverpool

Arsenal leader: regardons bien ce tableau


Ne boudons pas notre plaisir. Voir Arsenal leader du tableau fin janvier, ça fait chaud au cœur. Qui l’aurait prédit après l’humiliation subie contre Chelsea en novembre qui nous avait laissé groggys, ridiculisés… et 11 points derrière. Certes c’est seulement le nombre de buts marqués qui nous sépare de Chelsea (même nombre de points, même goal difference). Certes nous avons maintenant un match de plus qu’eux. Mais tout de même nous avons bel et bien surpassé ManU qui est maintenant un point derrière avec le même nombre de matchs (22).Voir Arsenal leader du tableau fin janvier, ça fait chaud au cœur. Qui l’aurait prédit après l’humiliation subiecontre Chelsea en novembre qui nous avait laissé groggys, ridiculisés… et 11 points derrière. Certes c’est seulement le nombre de buts marqués qui nous sépare de Chelsea (même nombre de points, même goal difference). Certes nous avons maintenant un match de plus qu’eux. Mais tout de même nous avons bel et bien surpassé ManU qui est maintenant un point derrière avec le même nombre de matchs (22).

La performance de mercredi contre Bolton était typiquement mancunienne d’ailleurs. Le ManU champion ces deux dernières saisons s’était fait une spécialité de marquer les trois points même dans les mauvais jours, et malgré des débuts de match catastrophiques, et de revenir en trombe en deuxième mi-temps. J’ai par exemple en mémoire il y a deux saisons, alors que Arsenal, Chelsea et ManU était au coude-à-coude, le renversement de situation contre Spurs à Old Trafford, de 0-2 à 4-2, exactement ce qu’a réalisé Arsenal hier.

L’égalisation contre Everton dans les arrêts de jeu il y a une semaine était aussi typiquement mancunienne. Encore plus que le point marqué (contre une très bonne équipe d’Everton), c’était un grand point marqué psychologiquement. Je veux dire que comme le Manchester des trois dernières saisons, Arsenal parait ‘resilient’, et parvient à gagner des points à l’arraché, malgré la fébrilité défensive, malgré les passages à vide.

Ne boudons pas notre plaisir, donc, et regardons bien le classement au 20 janvier que j’ai capturé sur le site de la BBC. On n’aura peut-etre pas l’occasion de revoir Arsenal au top très souvent d’ici la fin de la saison.
Il va maintenant falloir tenir pendant les 15 jours ‘de la mort’ contre les gros calibres. Il faut espérer que Song va revenir de la CAN en bon état et le plus tôt possible, surtout après la blessure de Diaby. Mais si nous reperdons un peu de terrain contre les adversaires directs à l’issue de ces 4 matchs, ce ne sera pas forcément une catastrophe d’ailleurs. Manchester encore, la saison dernière, a montré qu’on peut être champion tout en perdant le mini-championnat entre les big four. United n’a marqué qu’un piteux 5 points sur 18 possibles contre les trois autres big four et a perdu deux fois contre son concurrent direct Liverpool, qui, lui, a marqué 14 points sur 18 possible… et pourtant, United a été champion avec 4 points d’avance sur Liverpool….(voir autre post). Et la compétitivité des ‘small four’ va faire encore perdre des points à chacun des quatre grands dans la deuxième partie de saison. Manchester va devoir se déplacer à City et à Everton, qui revient en super-forme. Chelsea va jouer à Everton, ainsi qu’à United et à Liverpool.

Ce qui m’inquiète et me déçoit, c’est que Wenger prend prétexte du nombre de buts marqués et du retour prochain de Bendtner (Bendtner…) pour dire que finalement, il n’est peut-être pas nécessaire de recruter un attaquant supplémentaire pour remplacer van Persie, malgré le fait qu’Arsenal a probablement la meilleure santé financière de la League et pourrait largement se permettre de dépenser 10 ou 15 millions. Certes on gagne et on marque contre Bolton, Portsmouth and co. Mais on a bien vu contre Chelsea - sans van Persie, sans Adébayor, sans Bendtner - qu’Eduardo est trop poids plume contre des défenseurs grands par la taille et l’expérience. En face il y avait un striker, un vrai, et qui a fait la différence: Drogba. Même si nos milieux de terrains savent marquer en pénétrant les surfaces avec des une-deux de poche, on ne peut pas se priver de l’option tactique d’un vrai striker, d’un renard de surface doublé d’un grand gars physique pour avoir une chance sur les centres et les set pieces.

29 décembre 2009

Premier League 2009-2010: bilan à mi-parcours

Une saison spectaculaire et étonnante. Bien que trois des quatre big four soient dans le top four encore, ils ont tous montré beaucoup de vulnérabilité, cédant des points chacun à leur tour devant Aston Villa, Man City et même Wigan ou Fulham. Chelsea qui a fait la course en tête, était et reste le favori. C’est clairement l’équipe la plus solide. Mais, pour Chelsea, finir les matchs aller avec seulement deux points d’avance sur ManU et quatre sur Arsenal (un match en moins) compte tenu qu’ils ont battu les trois autres big four et que c’est la seule équipe du big four à avoir été épargnée par les blessures, est sans doute en deçà du plan de route. Reste donc à voir comment ils vont se passer de Drogba pendant la CAN.




Manchester sans Ronaldo reste complètement dans la course malgré une saison et un niveau de jeu moins qu’impressionnants (cinq défaites déjà soit plus que toute la saison dernière). Reste à voir s’ils vont pouvoir – comme d’habitude - accélérer pendant l’hiver et le printemps.

Peu pariaient sur un Arsenal décevant l’an dernier, ayant cédé Adebayor sans se renforcer pendant l’intersaison, et maintenant privé de son meilleur attaquant depuis la onzième journée. Les gunners ont pourtant pratiqué dans l’ensemble le meilleur football du royaume et marqué la bagatelle de 47 buts en 18 matchs. Ils restent aussi dans la course au titre, mais dégagent toujours cette impression de fragilité physique, tactique et morale lorsqu'ils affrontent ManU ou Chelsea.

Bref les big four sont un peu moins forts que l’an dernier, les small four sont compétitifs et le reste de la saison parait totalement imprévisible. Le calendrier a gratifié Arsenal d'une période folle avec, entre le 27 janvier et le 10 février, Aston Villa puis ManU, puis Chelsea, Liverpool et Porto en Champion's League. Le match à Chelsea, 7 février, aura lieu après la fin de la CAN donc avec la menace Drogba tandis que même si Arsenal recrute un nouvel attaquant en janvier, il risque de n'être pas prêt à jouer durant cette période contre les principaux adversaires.



Les ‘small four’ font le spectacle

Les outsiders traditionnels des saisons récentes, Aston Villa, Tottenham, Manchester City, Everton, mettent du sel cette saison, bénéficiant de la fragilité des big four.

Avec un recrutement ‘galactique’ l’été dernier (100 millions pour Tevez, Adebayor, Kolo Touré) en plus de Robinho, Bellamy, Gareth Barry, Shay Given, Manchester City était sensé jouer le top four voire se mêler à la course au titre, et c’est ce qu’ils ont fait pendant le premier tiers, avec seulement deux défaites au compteur, battant Chelsea et Arsenal, nul à Liverpool, et ne perdant le derby Mancunien à Old Trafford que 4-3 après six minutes d’arrêts de jeu. Mais City a ensuite enchainé six nuls de suite contre des petites équipes, pour finir sixième à 10 points de Chelsea (32 points, un match en moins). La grande star est comme prévu Tevez (10 buts dont 7 en championnat) plutôt qu’Adebayor toujours irrégulier et sujet aux problèmes de discipline. Ce début de saison tout à fait décent n’a toutefois pas satisfait le nouveau propriétaire, un milliardaire arabe, et l’entraineur Mark Hughes a été remplacé brutalement par Mancini fin décembre. On voit une fois de plus que gaver un club moyen de stars ne fonctionne pas si la gouvernance du club se résume aux l’impatience et les caprices d’un propriétaire étranger au business du sport et dont c’est la danseuse. La seule exception à cette règle a été le Chelsea de 2004-2005 mais il y a avait le ‘special one’ aux manettes pour gérer les stars.

Tout le contraire d’Aston Villa, qui devient de plus en plus fort chaque saison, sans star, grâce à la stabilité de son entraineur Martin O’Neil, de ses jeunes internationaux anglais (Ashley Young, Agbonlahor) et de ses cadres (l’excellent gardien américain Friedel, Dunne, Davies, Heskey). Ils méritent amplement leur quatrième place à mi-parcours. L’an dernier, Aston Villa semblait bien accroché à la quatrième place, devant Arsenal avant de subir un mauvais printemps et de finir sixième. Cette année ils ont déjà battu Liverpool et United à l’extérieur, Chelsea à domicile, et sont bien partis pour devenir la première équipe en vingt ans à battre chacun des big four dans la même saison.

Tottenham sur le papier est presque aussi fort que City cette année. Un bon entraineur, Redknapp, et une tripotée de bons joueurs offensifs: Defoe, Jenas, Crouch, Keane, Modric, et leur Walcott à eux, Lennon. Ils ont passé presque toute la première partie de saison dans le top four mais leur irrégularité traditionnelle leur a fait perdre des points : typique des Spurs leur victoire 9-1 contre Wigan (5 buts de Defoe) suivie d’un défaite 0-1 contre Wolverhampton.
Le quatrième des small four, Everton, cinquième l’an dernier, est totalement dans les choux cette année: 14ème avec 19 points (18 matchs). Ils ne se sont jamais remis de leur humiliation de la première journée, 6-1 à domicile contre Arsenal.

Arsenal

Arsenal comme d’habitude, a soufflé le chaud et le froid. Comme beaucoup j’ai été choqué qu’on ait laissé partir Touré et Adebayor à City (un concurrent direct pour les places européennes), remplaçant Touré par Vermaelen (une satisfaction) et Adebayor par… personne, après que la piste Chamakh eut été abandonnée. Comme d’habitude Wenger promettait qu’il pourrait faire plus avec moins, grâce à la maturité de ses jeunes. Comme d’habitude le jeu du début de saison fut brillant, malgré les deux défaites des journées 3 et 4, un peu imméritées, à United et à City, et comme d’habitude les blessures ont frappés en novembre (Persie, Clichy, Gibbs, Bendtner), révélant le manque de profondeur de l’effectif: fin de saison pour van Persie qui avait été le meilleur joueur des 11 premières journées (7 buts). (C’est par exemple sur un exploit individuel de van Persie qu’on prend trois points à Fulham contre le cours du jeu). Bendtner étant blessé pour deux mois au même moment, Eduardo n’a pas été capable de compenser cette double absence : deux défaites et zéro but contre Sunderland et Chelsea pour les matchs 12 et 13. Ce dernier match, 0-3 à domicile a été particulièrement douloureux. Comme l’an dernier dans la même rencontre (1-4), les joueurs d’Arsenal avaient l’air de petits garçons impuissants contre l’acier et l’organisation d’Essien et Terry, et l’efficacité d’un Drogba. Le déni de réalité dans les déclarations d’après-match de Wenger, mettant la défaite sur le dos de la malchance, avait aussi de quoi inquiéter. Mais, curieusement, après ce point bas, Arsenal a rebondi, marquant 13 points sur 15 dans les 5 matchs suivants (dont les victoires contre Aston Villa et à Liverpool) tandis que Chelsea perdait à City et laissait échapper des points contre Everton, West Ham et Birmingham.

Chaud et froid classique d’Arsenal et de Liverpool cette saison. Après un début calamiteux, Liverpool réalise une brillante première mi-temps à Anfield devant un Arsenal inexistant. Le score 1-0 aurait pu être beaucoup plus lourd pour Arsenal. Je quitte le pub totalement écœuré et je boycotte la deuxième mi-temps. Résultat plus tard sur bbc.co.uk : Liverpool 1, Arsenal 2. Incroyable. Liverpool est retombé dans sa nervosité et Arshavin marque un but superbe venu d’ailleurs, lui qui avait été le bourreau des Reds l’an dernier (4 buts). On a appris par la suite que Wenger avait hurlé dans les vestiaires à la mi-temps. ‘Je ne l’ai jamais vu comme ça’, déclara Fabregas.

Satisfactions cette saison: Song, le poumon de l’équipe a presque pris la dimension qu’avait Flamini avant son départ. Diabi, traditionnellement irrégulier et souvent blessé, est encore loin du grand Vieira, mais c’est probablement sa meilleure saison jusqu’à présent (5 buts en 13 titularisations). Arshavin est devenu le chouchou du public : un gars mature et intelligent, qui ne doute jamais et marque des buts spectaculaires (6 en championnat) et qui mouille le maillot. Fabregas, enfin, plus que jamais, est le joueur indispensable et l’âme de l’équipe. Déjà 12 buts dont 9 en championnat et quelques buts fantastiques comme le coup franc contre Aston Villa (deux buts en 27 minutes sur le terrain) et l’action personnelle contre Spurs. Autre satisfaction cette année, Ramsey, et Vermaelen qui s’est imposé immédiatement aux coté de Gallas.

Les déceptions: Eduardo et Vela qui ont beaucoup raté, malgré un assez important temps de jeu. Walcott et Nasri ont peu joué en raison des blessures. Les blessures d’Almunia et Fabianski en tout début de saison ont donné leur chance au troisième gardien Vitto Mannone qui a commencé par quelques performances épatantes avant d’atteindre son point d’incompétence devant West Ham, mais le jeune italien a un gros potentiel. Almunia tient maintenant bien son rang parmi les meilleurs gardiens surtout depuis que Czech et Reina ont baissé d’un ton.

Au total Arsenal a marqué 47 buts en 18 matchs, meilleur attaque devant Chelsea (43 buts, 19 matchs) et ManU et Spurs (40 buts chacun en 19 matchs) sans posséder aucun des 6 premiers marqueurs (Defoe et Drogba leaders avec 13 buts devant Rooney, Bent, Torres, Saha). Comme d’habitude depuis le départ de Thierry Henry, ce sont tous les joueurs qui peuvent, et doivent, marquer.

38 points c’est 7 points de plus que l’an dernier après 18 journées. Arsenal est donc toujours dans la course, mais pour qu’on ait une chance d’aller au bout il faudra réunir trois conditions: qu’on recrute un véritable buteur pour remplacer van Persie, que Fabregas ne se blesse pas et que Gallas/Vermaelen ne se blessent pas. La chance d’Arsenal c’est que ManU est visiblement moins fort que l’an dernier et que Chelsea n’est pas toujours le rouleau compresseur annoncé.



En Champion’s League, Arsenal s’est qualifié facilement dans un groupe facile, et jouera Porto en février. En Carling Cup, j’ai vu avec Teun à l’Emirates la victoire de l’équipe B contre le B de Liverpool. Un très bon match où se sont mis en valeur les jeunes Craig Eastmond et Fran Merida et où les défenseurs centraux B, Sylvestre et Senderos, ont encore montré leurs faiblesses. Mais les petits gars se sont fait battre au tour suivant à City qui devient décidément notre bête noire. En FA cup, nous jouerons West Ham le 3 janvier.

C’est tout de même frustrant de devoir si souvent consulter la rubrique 'Injury News' avant toute autre. Je suis obligé d’avouer que pour moi les ‘break’ internationaux, c’est une semaine d’anxiété: espérer, avant toutes choses, que Fabregas, van Persie, Sagna, Arshavin etc. ne se blessent pas. Wenger, victime récurrente de blessures internationales de long terme (Walcott, van Persie) se pose en champion du football de club contre le foot international et a fait un pas de plus en attaquant la fédération néerlandaise suite à la grave blessure de van Persie en match amical – pour que la fédération néerlandaise paie au moins le salaire de van Persie pendant les longs mois d’indisponibilité du joueur.

Le big four

On peut raisonnablement espérer que Chelsea et ManU vont continuer de perdre des points et que le titre se jouera à un niveau le plus bas depuis 10 ans. Chelsea, après un départ météorique (7 victoires dans les 7 premières journées) a ensuite enregistré trois défaites et a récemment montré des hésitations défensives étonnantes. Au total ils n’ont pas réussi à conserver une avance importante en tête avant le début de la CAN qui va les priver de plusieurs joueurs clefs (Drogba, Essien, Mikel, Kalou) pendant plusieurs semaines.

Manchester United semble avoir beaucoup perdu de percutant suite au départ de Ronaldo. Au niveau défensif, entre blessures et méformes le trio Ferdinand-Vidic-Van der Sar est loin d’avoir brillé autant que l’an dernier. Déjà cinq défaites soit plus que toute la saison dernière. Vu le niveau de jeu de ManU, et l’épidémie de blessures qui a frappé la défense, ils peuvent s’estimer heureux de se retrouver à deux points de Chelsea à la mi-temps. Rooney marque, Giggs et Scholes ont encore marqué des buts décisifs, mais ManU fait l’effet d’une équipe vraiment vieillissante.

Liverpool enfin connait une saison en enfer jusqu'à présent. C'est la principale victime de la montée des small four. Septième à douze points de Chelsea, avec déjà 7 défaites, notamment contre Aston Villa et Tottenham, et éliminés dès le premier tour de la ligue des champions. Les bookmakers prennent des paris sur le départ de Benitez au Real. Cependant, il faut être juste, peu d’équipes auraient fait beaucoup mieux avec leurs deux meilleurs joueurs, Torres et Gerard, blessés ou diminués pendant l’essentiel de la période. Que feraient – que vont faire ? - Chelsea sans Drogba, ManU sans Rooney, Arsenal sans Fabregas? Un retour en forme de leur deux joueurs emblématiques pourraient remettre Liverpool sur les rails du top four voire, pourquoi pas, dans la course au titre de cette folle saison.

19 avril 2009

les oreilles du chef de l'Etat

Entendu sur France Info à propos d’une manifestation du ‘collectif des précaires’ devant un magasin du groupe LVMH offrant des stages non rémunérés de 12 mois’. Commentaire du journaliste : ‘Hier ils n’étaient qu’une dizaine. Ils espèrent malgré tout que cela suffira à chatouiller les oreilles du chef de l’Etat’. Un tel commentaire ne parait plus incongru en France. Le réflexe des groupes d’intérêt et de la presse d’en appeler directement au ‘chef de l’Etat’ et à nul autre autorité ou corps intermédiaire, à tout propos, a commencé il y a peut-être dix ans mais il s’accéléré et systématisé depuis l’élection de Sarkozy en 2007, quand il est devenu clair que le Président encourageait le petit peuple à en référer à Lui. Il est intéressant de constater que dans ce reportage, c’est la journaliste et non pas le responsable syndical interviewé, qui ‘en appelle’ au chef de l’Etat.

La méthode est désormais bien connue : ile Président entouré d’un petit groupe de conseiller sélectionne une fois par mois, de manière apparemment aléatoire un sujet une cause ou un groupe, réagissant à l’actualité, et c’est ‘l’opération coup de poing’ court-circuitant les ministères responsables. Le Président ‘se rend sur place’ pris d’une sainte colère et annonce la création d’une ‘Commission’, d’un ‘Plan’ ou d’une ‘loi’.

Je ne veux pas dire que ce style de gouvernement médiatique, en bousculant (apparemment) la bureaucratie, est nécessairement toujours mauvais. Je ne dis même pas ici que je désapprouve toujours les décisions prises par Sarkozy. Mais ca me rend malade de voir la démocratie régresser à ce point depuis une dizaine d’année, la litanie des revendications catégorielles, l’incompétence de la presse, un chef de l’Etat qui est non seulement désormais ouvertement le chef de l’exécutif mais aussi, plus que jamais, le patron du législatif et du judiciaire (au lieu d’être l’arbitre et le défenseur de ces pouvoirs), et enfin, donc, l’infantilisation du réflexe démocratique. On en ‘appelle’ au Président, comme en d’autre temps, au Maréchal, ou au jugement de Saint Louis sous son arbre. La berlusconisation de la vie publique. Une forme de monarchie élective et médiatique – menant tout droit au bonapartisme ? – progresse à grands pas.

8 mars 2008

Monsters Inc.


Le ciné-club de Meudon a tourné entre 2004 et 2006. En deux ans, nous avons vu 8 films présentés par 8 copains:
• Solaris de Steven Soderbergh, présenté par Christophe
• Chat noir chat blanc d’Emir Kusturica, présenté par Philippe
• Honky Tonk Man, de Clint Eastwood, présenté par Marc
• Les choses de la vie, de Claude Sautet par Delphine
• Ghost in the Shell de Masamune Shirow présenté par Caroline
• Le Festin de Babette, de Gabriel Axel présenté par Elizabeth
• A bout de souffle de Jean-Luc Godard, présenté par Jean-Marc
• Fitzcarraldo de Werner Herzog, présenté par Séverine

J’ai clos la série avec ‘Monsters Inc’, des studios Pixar, réalisé par Pete Docter. Voici mon petit speech d’accompagnement. Voici pourquoi j’aime ce film.


D’abord je voulais montrer un film d’animation en volume, en 3D. Parce que certains parmi les amis n’étaient pas encore totalement convaincus, à l’époque, que l’animation c’est non seulement du cinéma digne des adultes, mais qu’on produit de nos jours d’authentiques chefs d’œuvre, qu’on a la chance de vivre, depuis 1995, un véritable âge d’or du cinéma d’animation. Je me souviens encore de la tonalité condescendante de la critique de 'Toy Story 2' dans ‘Les cahiers du cinéma’. Le pauvre type coincé qui avait écrit le papier ne pouvait pas imaginer qu’un film cher et populaire, et divertissant, et comique et qui a eu un succès colossal, puisse avoir le moindre intérêt artistique. Il cumulait visiblement trop de handicap. 'Monster Inc.' a eu un succès encore plus important que Toy Story, dépassant les 200 millions de dollars de recettes aux USA. A l’époque (et encore aujourd’hui) seuls les gros blockbusters pour ados cons atteignaient normalement des scores aussi astronomiques.

Pourquoi j’aime en particulier l’animation en volume? Il y une explication très simple et très ‘Rosebud’ : mon jouet préféré quand j’étais petit, c’était ces espèces de jumelles en plastique rouge : on insérait des disques en cartons avec 14 petites diapos sur tout le pourtour. En faisant tourner le disque via une petite gâchette, on pouvait voir successivement 7 scènes en relief grâce à procédé stéréoscopique vieux comme la lanterne magique. J’avais Peter Pan, Les Aristochats, Le Livre de la Jungle, Robin des Bois etc. Ce jouet s’appelait ViewMaster, je l’ai toujours (photo) et c’est mon plus gros trésor (après ma collection d’Astérix évidemment). On n’avait pas la vidéo dans les années 70 ; et c’était ce qui se rapprochait le plus du cinéma à la maison. Non seulement c’était en relief (en fait : des marionnettes photographiées sous deux angles différents dans un décor) mais ce que j’adorais c’était qu’on pouvait faire varier la lumière et l’ambiance de chaque vue en dirigeant l’appareil vers une lampe (couleurs chaudes) ou une fenêtre (couleurs brillantes).

L’autre raison c’est que j’aime les marionnettes et que la 3D ce ne sont jamais que des spectacles de marionnettes. Monsters Inc comme tous les films du studio Pixar ce sont des images ‘de synthèse’ par ordinateur (Computer Generated Imaging CGI). En termes visuels et graphiques, je préfère les véritables marionnettes comme dans The Corpse Bride de Tim Burton ou dans les films du studio Aardman (Wallace et Gromit, Chicken Run) qui utilisent la technique de prise de vue image-par-image (stop motion) elle aussi vieille comme Méliès. Cependant les artistes de ‘rendering’ de chez Pixar arrivent à faire des choses merveilleuses sur la lumière, les reflets et les textures, et l’animation 3D par ordinateur n’a plus du tout le coté un peu lisse et sec des débuts. Dans Monsters Inc par exemple, le travail sur la fourrure soyeuse de Sully était prodigieux pour l’époque. Et comme, l’animation en prise de vue réelle est de plus en plus retouchée par ordinateur, on ne verra bientôt plus la différence entre les deux techniques qui vont s’interpénétrer au gré des choix artistiques.

Si j’aime en particulier les films Pixar, c’est pour la qualité de la narration, l’intelligence des scénarios, le brio des dialogues. D’autres studios d’animation comme Dreamworks rivalisent (presque) sur la qualité visuelle, mais restent loin derrière (à mon avis) sur la narration, la caractérisation, la tonalité, l’élégance de l’humour qui me rappelle la grande tradition des comédies américaines des années 50. Pour avoir rendu à l’animation ses lettres de noblesse après des décennies de domination infantile et de plus en plus médiocre de la part des studios Disney. Monster Inc est comme tous les grands films, une œuvre à multiples niveaux. C’est un merveilleux film pour les enfants mais il y a des tas de niveaux pour le seul plaisir les adultes : l’utilisation des plans et du découpage du cinéma ‘adulte’ américain, des thèmes du cinéma policier, du buddy movie, du thriller politique, du cinéma fantastique (la poursuite borgésienne dans la bibliothèque des portes). Les studios Disney en décadence s’étaient spécialisés dans l’adaptation de conte de fées du XIXème ou livres pour enfants à succès mais Pixar a depuis le début développé des histoires originales. Comme ‘Toy Story’ partait de l’idée traditionnelle des jouets vivants en la modernisant, ‘Monsters Inc’ part de l’idée merveilleusement simple qu’il y a EFFECTIVEMENT des monstres cachés sous les lits et dans les placards des chambres d’enfants et nous raconte l’histoire du point de vue des monstres (qui, merveilleuse inversion, considèrent que ce sont les enfants les monstres). Les monstres sont des gens comme vous et moi : le gros monstre à fourrure verte s’appelle James P. Sullivan (j’adore le P.), et son copain le cyclope sur patte se nomme Mike Wazowski. Comme tous les américains moyens, nos héros portent des noms polonais et irlandais.

Mais ce qui est le plus touchant pour un adulte (pour moi en tout cas) c’est le véritable sujet du film qui est l’apprivoisement d’un adulte par une enfant de deux ans. J’avais autour de 32 ans quand j’ai vu le film et comme Sully et Mike, les héros du film, trentenaires célibataires, je considérais les enfants de moins de six ans comme des monstres effrayants et incompréhensibles, des grenades dégoupillées. J’étais pile poil à l’âge où j’ai commencé moi aussi à trouver mignons les enfants des autres et à me dire ‘merde j’aimerais bien en avoir un comme ca à moi un jour’.

Les moments préférés :
• Le regard de Sully quand apres avoir couché Boo, il est surpris de s’attendrir sur le petit monstre qui vient de s’endormir dans son lit.
• Le désespoir et les évanouissements a’ la Tex Avery de Sully quand il croit voir Boo découpée en morceau dans un broyeur
• La scène du restaurant japonais ‘Harryhausen’s’ ou l’apparition de Boo sème la terreur. Clin d’œil de Pete Docter au maitre de l’animation Ray Harryhausen, pionnier de l’image par image dans les années 50 (Jason et les argonautes) qui a engendré plein de vocation dans la génération des Burton et Lasseter. Autre clin d’œil dans the Corpse Bride, le jeune héros joue sur un piano de la marque Harryhausen.
• Le bonus post-générique. Pixar a inventé et filé la tradition du bêtisier pastiche pendant les crédits ; cette fois c’est encore plus drôle avec les clins d’œil aux autres personnages Pixar et surtout la comédie musicale d’entreprise, mise en scene par Mike, qui nous reraconte toute l’histoire en trente secondes, merveilleuse mise en abyme par le crooner de Mike.
• J’allais oublier le générique du début : merveilleuse idée de faire précéder un film en 3D par une séquence purement 2D, dans un style graphique en à-plat de couleurs simples rappelant un peu Les 101 Dalmatiens, sur le thème des portes. Avec une super musique de jazz. Un régal.

La musique justement. Comme tous les premiers films de Pixar, elle est signée Randy Newman, et elle est super. Pour le thème principal ‘I wouldn’t have nothing if I didn’t have you’, Newman a obtenu son premier Oscar de la meilleur chanson apres moultes nominations (le film était nominé aux Oscars 2002 mais c’est Shrek qui a gagné…).

Les courts métrages, autre magnifique tradition Pixar. ‘Monsters Inc’ est accompagné, comme tous les autres longs de Pixar par un petit bijou. Cette fois c’est ‘About the Birds’ avec une musique de jazz à la Reinhardt.

Le casting enfin, la cerise sur le gâteau : John Goodman, un régulier des frère Coen (Sully), Billy Crystal (Mike) et Steve Buscemi dans le rôle du méchant.

13 janvier 2008

ballade à Hampstead

Ballade guidée avec Eric le surveillant général du Lycée français de South-Kensington, londonien ‘depuis 34 ans’ passionné d’anecdotes gothiques sur Londres, de cimetières, de fantômes, de Jack l’éventreur, de Dickens etc.

(29 mars 2007 – beau temps, terrain sec, vent frais)

Small hill between Hampstead tube station and Hampstead Heath park. Quartier historique et pittoresque. La liste des célébrités ayant vécu à Hampstead fait deux pages sur Wikipedia et la liste de people vivants est tout aussi longue. Je ne mentionne ci dessous que les gens qu’Eric nous a mentionné pendant la ballade sur la colline du vieux Hampstead. C’est un peu le Montmartre de Londres par le coté village bucolique et tranquille mais sans le Disneyland attrape-couillon de la place du Tertre et du Sacré Cœur qui polluent le haut de la butte.

Ici ce n’est pas les gigantesques baraques géorgiennes de Chelsea, trustées par les milliardaires russes – c’est plus modestement des petites maisons bicentenaires, hupchissimes, habitées par des artistes, des écrivains, des hommes politiques - et qui valent sans doute presque autant que les demeures de Chelsea. Souvent des maisons semi-détachées de style géorgien ou victorien. Parfois de petite maisons isolées de style cottage rural. Eric nous montre la plus vieille de toute, une ancienne fermette de 1734.

On part du métro Hampstead. Je ne note pas les noms de rues mais je saurais retrouver l’itinéraire si il y a des amateurs de refaire la ballade (une heure suffit). Maison de Bram Stoker. Maison de Lord Alfred Douglas, le jeune amant d’Oscar Wilde qui le trahit de façon ignoble après le procès de Wilde (voir le tragique De Profundis).

Saint John's Church Yard sur Church Row. Ancien cimetière, petit jardin romantique. Tombe de John Constable, qui peignit le ciel vu des collines d’Hampstead. Petit tombeau romantique qui inspira à Bram Stoker, un soir de brume, toute l’histoire de Dracula (scène de la dévampirisation de Lucy par Van Hessling). On aperçoit une petite maison au toit vert, ou naquit Elizabeth Taylor, avant que son père modeste acteur anglais, parte à Hollywood pour jouer dans Lassie.

De l’autre coté de la rue, nouveau cimetière, un peu plus récent. Tombeau de la famille Busson du Maurier. George du Maurier (1834-1896), d’origine normande et cornouaillaise, fut un très populaire dessinateur dans les journaux illustrés de la fin du XIXème (magazine ‘Punch’). A plus de cinquante ans, il écrivit son premier roman Trilby qui contre toute attente fut un phénoménal succès de librairie, au grand plaisir (quoique mitigé de jalousie) de son meilleur ami Henry James. Leur magnifique amitié est racontée de façon très émouvante dans Author, Author de David Lodge. Son fils Gerald du Maurier fut un grand acteur et le père de Daphné du Maurier. La fille de George, Sylvia, épousa Sir Llewllyn Davis qui mourut en laissant cinq garçons. Le dramaturge John Barry prit la mère et les enfants en affection et adopta les cinq garçons à la mort de leur mère ; c’est durant leurs jeux à Hyde Park qu’il eut l’idée de Peter Pan (raconté dans le mélo Neverland avec Kate Winslet and Johnny Depp). Quatre des cinq garçons sont aussi enterrés là. Famille tragique : un tué à la guerre, deux suicidés. Le cinquième vient de mourir dans l’anonymat, à 99 ans.

D’autres tombes d’acteurs et d’écrivains. Par exemple Kate Kendall, jeune première des années 50 disparue prématurément.

On remonte une rue longeant le cimetière où l’on croise une minuscule église catholique de style espagnol, avec sainte vierge en albâtre, fondée par des aristocrates français fuyant la révolution. De Gaulle qui habita en bas de la rue de 1940 à 1942 et venait prier ici.

Puis on arrive tout en haut de la colline sur une espece de place on longe l’énorme bâtisse qui fut un asile d’aliéné, puis un hospice, pour finir aujourd’hui en appartements de grand luxe. Grande maison-musée d’un dénommé Fenton, marchand importateur de produits russes. Maisons ou vécurent Laurence Olivier, George Orwell, Robert Louis Stevenson. Le minuscule théâtre de Hampstead ou se trouvait autrefois la morgue locale dont la visite (et la pratique des drogues dures) inspira à Stevenson Dr Jeckyll and Mister Hyde.

Deux chouettes faits divers sanglants : devant le pub Magdala, qui a tout d’un pub rural, Ruth Ellis propriétaire de night-club et mère célibataire de deux enfants tua son amant, playboy et pilote automobile 'people', en lui vidant un chargeur dans le corps avant de se laisser arrêter sur place. Elle fut condamnée à mort et la dernière femme pendue au UK, en 1955.

De l’autre coté de la rue, un français, évadé de Cayenne, tenait un pub maison de passe dans les années 20, avec son associée maquerelle, française elle aussi. Un jour il la tua, la découpa et la mis dans une malle a destination de Marseille. La malle fut interceptée et on trouva la carte de visite du français. Condamné à mort, on lui laissa le choix entre la pendaison et le retour à Cayenne ; il choisit la pendaison. La presse anglaise salua le panache gallique de ce choix.

18 novembre 2007

premier league - Arsenal a passé le test


Premier bilan de la saison de Premier League après 12 journées.
Arsenal est leader, 9 victoires, 3 nuls, 0 défaite. 30 points. ManU a aussi 30 points et la même goal difference mais eux buts de moins et un match en plus (une défaite contre City). Arsenal poursuit sa meilleure série d’invincibilité avec 26 matchs sans défaites, toutes compétitions confondues, depuis le mois d’avril. Même pendant la ‘unbeaten season’ du championnat 2003-2004 les défaites en coupes avaient émaillé le parcours.

Personne n’aurait misé sur un tel début de saison d’Arsenal (logique 4ème les deux dernières saisons), après le départ d’Henry pendant l’été et l’absence de recrutements majeurs. Mais comme dans les contes de fées et les fables morales, l’investissement austère effectué depuis trois ans par Wenger en privilégiant les très jeunes joueurs au détriment de l’efficacité immédiate, est en train de payer. A l’inverse le méchant milliardaire russe mafieux a comme prévu finit par briser son beau jouet londonien en virant Mourinho - l’homme aux six trophées en 3 saisons - après seulement quelques journées. Au passage, Abramovitch n’a pas été chien : Mourinho a eu droit au plus gros parachute doré de l’histoire du sport, quelque chose comme 20 millions de livres, digne d’un PDG du CAC 40. Le travail, la persévérance, la jeunesse et la frugalité récompensées, tandis que l’argent sale, l’arrogance, les stars et les danseuses vont dans le mur ; c’est un peu trop beau mais ca ressemble pourtant à ça. C’est une mauvaise nouvelle pour l’excellence et le folklore de la Premier League mais une très bonne nouvelle pour les adversaires de Chelsea. Avram Grant fait un parcours très honorable pour l’instant mais personne ne croit qu’il réussira à maintenir la cohésion et la motivation au sein d’une équipe de stars.

Pour revenir à Arsenal, d’aucun disent que le départ d’Henry a libéré certains joueurs. C’est sans doute vrai pour Adébayor, mais je crois tout simplement que plusieurs joueurs déjà très prometteurs sont tout simplement arrivé à maturité technique et physique cette saison.

On se disait après 10 journées « Arsenal a un calendrier facile, n’a joué aucun des autres ‘top four’ et mange son pain blanc ». C’est pourquoi on attendait avec inquiétude les grands deux tests consécutifs, Liverpool à Anfield et Manchester à domicile, avant de se prononcer sur les chances de titre. Résultat : nul à Liverpool, nul contre Manchester. Deux points seulement sur six, et paradoxalement je pense que le test est passé avec succès.

A Liverpool : après un début nerveux et un but un peu stupide (coup franc de Gerrard a travers un mur qui se désagrège), Arsenal a clairement dominé le match, touché deux fois la barre en deuxième mi-temps. Fabregas a fini par marquer sur une passe dans l’intervalle de Hleb. Dans les interviews d’après match, Rafa Benitez et Wenger se contentaient visiblement du nul, mais pas Fabregas. Bon résultat donc, mais un peu malchanceux de ne pas prendre trois points.

Le classico contre Manchester (que j’ai vu au Bowler à Paris) a tenu toutes ses promesses. Liverpool était une équipe en plein doute mais contre un Manchester au complet et en grande forme (sortant de 8 victoires consécutives et ayant marqué 4 buts à chaque fois au cours de 4 derniers matchs) on pouvait se faire du mauvais sang. Les gamins allaient-il tenir contre les vieux routiers (Giggs, Ferdinand) et les superstars (Ronaldo, Rooney). Une première mi-temps assez fermée, une domination territoriale stérile d’Arsenal avec une seule occasion franche de Gallas d’un coté, tandis que Rooney marque sur un ricochet malchanceux de Gallas encore (je crois qu’officiellement c’est un own goal). Egalisation de Fabregas en tout début de seconde mi-temps et puis Arsenal n’arrive pas concrétiser la bonne période qui s’ensuit. Et Manchester reprend progressivement l’initiative. La faiblesse de notre banc et le coaching ont joué en notre défaveur en fin de match. Saha d'un coté - Walcott de l'autre. C'est là qu'il nous a manqué de la profondeur de banc et la puissance d'un Van Persie (blessé). Deuxième but de ManU à 8 minutes du terme, sur une sortie très hasardeuse de Almunia. Enfin l’égalisation d’Arsenal dans les arrêts de jeu a semble-t-il foutu un gros coup au moral de ManU - ils se voyaient déjà champions... Au final le match nul est équitable mais l'expérience des vieux briscards de ManU ne leur a pas permis de garder leur avance, et la résilience d'Arsenal leur donnera un avantage moral pour la suite de la saison.

Deux points en deux matchs seulement donc, mais deux victoires mentales : à Liverpool car la qualité était clairement du coté d’Arsenal ; et contre ManU car si les deux équipes ont fait jeu égal, les gunners sont revenus deux fois au score et ont eu le dernier mot.

Je pense que ManU est toujours objectivement favori, ils sont plus solides, plus expérimentés, possèdent deux super-stars au sommet de leur art, et un banc luxueux (Saha, Nani…) en cas de blessure des titulaires.

Adébayor, Hleb, Clichy et Gallas sont des satisfactions majeures cette saison mais beaucoup trop repose sur Fabregas et on ne peut pas compter qu’il continue de TOUT faire aussi magistralement pendant toute la saison sans blessure: récupérer, passer, marquer. Il est un peu Deschamps, Platini et Henry tout à la fois.. Je pense qu’on a jamais vu, à cet âge, un joueur aussi mature, aussi complet, aussi intelligent. Son extraodinaire vision du jeu lui permet de récuperer beaucoup de ballon, mais j’aimerais qu’il défende un peu moins, qu’il s’économise, ce n’est pas à lui de donner et de prendre des coups et des cartons (5 jaunes en 11 matchs) ; il arrive même, malgré son gabarit modeste, a gagner ses duels contre des joueurs deux fois lourds. En attaque il a déjà marqué 7 buts cette saison y compris quelques gros tirs de 20-25 mètres (Tottenham) normalement hors de portée d’un poids léger.

Il nous faudrait du renfort en attaque au mercato pour passer l'hiver au chaud - la CAN qui va nous priver Eboué et Touré (mais pas d’Adebayor car Teun vient de m’apprendre que le Togo n’est pas qualifié). J'espère qu’Arsene va se laisser convaincre cette année, de faire quelques emplettes – mais sans trop y croire. Autre sujet d’inquiétude, la prestation faible d’Almunia contre Manchester, tandis que Lehmann, évincé depuis les deux énormes bourdes des deux premiers matchs, menace de partir au mercato. Il vaudrait mieux qu’il parte, d’ailleurs, vu l’état d’esprit qui est le sien depuis trois mois.

28 octobre 2007

anti-social behaviour (ASB)

En Angleterre, ‘comportement anti-social’ (anti-social behaviour, ASB) est un terme employé par toute la classe politique britannique et par les autorités. Il a été introduit je crois par le Labour sous Blair et aujourd’hui les trois grands partis prétendent tous ‘tackle crime and anti-social behaviour’.
Entendre ou lire ce terme me surprend toujours après deux ans en Angleterre car il serait inimaginable en France. Signe que la pensée politique française est toujours immature sur ce sujet, nous n’avons de terme qui soit ‘politiquement correct’ c'est-à-dire factuel, neutre, utilisé par tous, pour désigner ces comportements agressifs récurrents qui, sans constituer vraiment des délits, affectent terriblement la vie des habitants d’un quartier (incivilités, intimidations, chiens, alcools, bruit, vandalisme etc) créant le sentiment d'insécurité. Ces comportements ont en commun d’être également difficiles à traiter par la police, le code pénal et les services sociaux. En français, ‘incivilité’ est vague, suranné, faible, et ‘petite délinquance’ ne rend pas compte des actes de désordre gratuits. Chez nous, pour désigner les ASB, la droite se sent obligée d’employer des mots polémiques (racaille, karcher etc) tandis que la gauche a toujours du mal à sortir de l’idée que ces comportements sont la conséquence sociologique de la pauvreté et que leurs auteurs doivent être traités avec indulgence. Même la personnalité la plus décomplexée de la gauche, Chevènement, utilisait un terme amusant mais trop paternaliste (les ‘sauvageons’) par rapport à la réalité subie par les victimes des ASB. Je trouve désesperant que les socialistes aient à un certain moment abandonné l'électorat populaire de banlieue à la droite et à l'extreme droite en refusant de traiter avec vigueur les ASB, qui touchent pourtant d'abord et avant tout les gens les plus fragiles (les pauvres, les vieux, les femmes, etc).

Je suis sur que si quelqu’un employait le terme ‘anti-social’ en France, il provoquerait une levée de boucliers parce que le terme serait associé à la diabolisation de mai 68 (assumé désormais officiellement par la droite).
Nommer, définir et qualifier juridiquement un phénomène social est une condition nécessaire, mais non suffisante pour le traiter, mais c’est un début. Les anglais ont mis en place les anti-social behaviour orders (ASBOs) des jugements qui avertissent officiellement le responsable. Toute récidive à la suite d’un ASBO devient automatiquement un délit. 80% des anglais approuvent le principe des ASBOs mais seulement 39% pensent qu’ils sont dissuasifs. Les petits voyous vont en effet souvent considérer un ASBO comme un 'badge of honour'…

14 septembre 2007

Vince's favourite things about London (6) - the Greater London

En 1986, Maggie Thatcher abolit le Grand Londres, alors déjà dirigé par Ken Livingston depuis 1981, pour le remplacer par une confédération de conseils de boroughs (les boroughs sont les 32 super-arrondissements de l’agglomération de Londres, dont Westminster, Islington, Camden, Kensington) et ainsi annihiler une entité puissante et ancrée à gauche.

Avec le retour du Labour dans les années 1999, les travaillistes rétablissent un Greater London englobant environ 7.5 millions d’habitants, avec un maire élu au suffrage direct. ‘Ken le rouge’ pas précisément un ami des blairistes perd les primaires labour mais décide de se présenter en candidat indépendant en 2000. Il gagne mais est exclu du parti travailliste. Il négocie ensuite une ré-intégration chez les travaillistes et remporte de nouveau les élections en 2004.
Je ne suis pas du tout un expert de la politique municipale – je sais juste que sur le sujet des transports, Ken est couillu et va dans le bon sens. La ‘congestion charge’, mesure hyper impopulaire, a eu l’effet escompté, en réduisant la circulation dans le centre. La prochaine étape est peut-être d’éradiquer les 4x4 urbains, ces véhicules de guerre urbaine, ces ‘Kensington Tanks’, insultes au bon sens, au bon gout, à l’environnement.

L’autre sujet c’est le métro. Il y a quelques années, Ken avait été obligé d’accepter le montage ‘partenariat-public-privé (PPP)’ imposé par le chancelier Gordon Brown, ‘Metronet’ chargé de la réfection de quatre ou cinq lignes pour plusieurs milliards de livres. Résultat : conformément aux craintes de Ken, Metronet a déposé le bilan récemment. Ken a jubilé : ‘je vous l’avait bien dit!’ et il a exigé des têtes : ‘To me, they are all dead meat’ en parlant des administrateurs de Métronet. Il exige de voir la mairie reprendre les rennes du projet. Certains accusent la mairie d’avoir saboté Metronet en n’accordant pas les subventions qui étaient prévues, mais beaucoup reconnaissent que Metronet a laissé dériver les couts.

Ces sujets sont ultra complexes, mais au delà des politiques menées, ce que j’aime, ce que j’aimerais voir à Paris, c’est le Grand Londres, par opposition à ce Paris riquiqui, mesquin, calcifié. Un inner Paris fortifié de deux millions d’habitants retranchés derrière le périph, ghetto de vieux bourgeois, petites mémés et petits bobos, et tout autour une mosaïque de communes croupions socialement purifiées, ghettos de riches (ouest et sud-ouest) ou ghettos de pauvres (nord et nord-est). Moi je viens du Val de Marne, à l’est, une des rares banlieues encore socialement mixtes. Résultat : malgré la multiplication des entités superposées et redondantes (région Ile-de-France, départements), il ne semble pas y avoir de politique intégrée des transports et du logement, et certainement pas de péréquation des revenus et des moyens entre les ‘communes’ ultra cossues du sud-ouest et les banlieues tragiquement démunies du nord.

Je pense qu’il faudrait supprimer les départements et les communes de la petite couronne, créer un grand Paris englobant, au moins, le 92, le 93, le 94 – et peut-être le 95 et le 77 dans un deuxième temps. Les actuels arrondissements de l’hypercentre (minuscule) et les petites communes de périphérie fusionneraient pour créer des boroughs de taille plus homogène (disons 200,000 à 400,000 habitants)

Lorsque, très très rarement, quelqu’un ose évoquer un Grand Paris, contre tous les conservatismes locaux, on lui répond que ce serait un déni de démocratie et qu’il faut préserver l’identité de Saint-Maur, de Boulogne et d’Issy les Moulineaux. Mais qu’est-ce qui empêcherait que ces trois communes de plus de 100,000 habitants deviennent le centre d’arrondissements du Grand Paris, qui s’appelleraient Boulogne et Saint Maur, avec leurs maires et leurs conseillers d’arrondissement ? Est-ce que, au sein du Grand Londres, un coin comme Richmond, l’équivalent d’un Saint-Germain en Laye disons, ne conserve pas toute son identité ?

Grand Londres et mixité sociale

Autre chose que j’aime à Londres, c’est la mixité urbaine. Malgré des écarts de revenu obscènes, beaucoup plus importants qu’en France et à Paris, j’ai l’impression que le planning urbain fait que les quartiers riches et pauvres de Londres sont largement interpénétrés, garantissant un minimum de mixité sociale. A Londres on trouve souvent une rue commerçante chic où les appartements ‘victoriens’ de deux pièces se louent 1500 livres par mois, et deux minutes plus loin un petit bloc de HLMs (‘council houses’). Mais pas ou peu de mégas grands ensembles de tours, cette aberration urbanistique de Paris, responsables de beaucoup de maux et sans doute des émeutes de novembre 2005.

Pourquoi et comment cette meilleure répartition du logement social à Londres ? Je soupçonne deux raisons. La première c’est que, grâce au Grand Londres, les conseils de tous les boroughs, y compris les plus chics, sont obligés de consacrer des budgets significatifs au logement social. Il existe il parait une loi dans ce sens en France, mais des communes comme Neuilly seront toujours prêtes à payer n’importe quelle amende administrative plutôt que de bâtir des HLM qui ferait baisser la valeur des ‘biens’ privés autour. La deuxième raison est historique : les ravages causés par la deuxième guerre mondiale. A l’emplacement des immeubles détruits, on a construit des immeubles sociaux bon marché dès la fin de la guerre, pour loger les migrants venus de toute l’Angleterre pour travailler à Londres.

Pretty Paris v. casual London

C’est aussi l’une des causes d’un autre truc qui me plait à Londres. Je ne trouve pas de mot français, alors je dirais son coté ‘casual’. Paris est magnifique, pittoresque, sublime, majestueux ; Paris est pretty. La moindre pierre est moyenâgeux ou haussmannien, les rues sont propres, la nuit toutes les vieilles pierres sont luxueusement éclairées etc. Londres par contre n’a jamais eu de Baron Haussmann ou de monarque avec des idées urbanistiques, et pour finir les ravages de la guerre l’on obligé à se reconstruire en grande partie ; alors il n’y a aucun unité architecturale, tout n’est pas toujours beau, surtout si on n’aime pas trop le béton (Barbican, National Theatre, National Film Theatre etc), mais au moins il n’y a pas de vaches sacrées et la ville donne l’impression de vivre, alors que Paris – c’est une évidence – est en voie de momification (disneyisation, venisification…) rapide. Alors oui bien sur, Paris est plus beau pas l’ombre d’un doute, c’est super à visiter, mais ce narcissisme chic finit par lasser et par agacer quand on y habite.

18 août 2007

Imperium, par Robert Harris

Je vous recommande le nouveau roman historique de Robert Harris, Imperium. C’est, racontée par son esclave/conseiller/scribe Tiro, l’histoire haletante de la première partie de la carrière de Cicéron, l'ascension d’un pauvre avocat de province, pas même noble, jusqu’au sommet de l’Etat. Tiro nous raconte trois épisodes en particulier :

• Le procès Verres. En 70, le jeune sénateur Cicéron attaque l'ex gouverneur de Sicile, pourtant soutenu par toute l’aristocratie, défendu par son grand rival du barreau l'avocat Hortensius, dans un procès où le jury était acheté par Verres. L’éloquence de Cicéron et l’amoncellement des preuves de corruption pousse Verres à l’exil avant même le prononcé du jugement. La victoire de Cicéron lui assure une énorme popularité et une place sur le banc des sénateurs patriciens.
• Le coup de Pompée. Haï par les sénateurs patriciens, détesté par le millionnaire Crassus, Cicéron pour survivre est obligé de se rallier à Pompée. Il lui assure un Triomphe et lui fait obtenir des pouvoirs militaires extraordinaires pour lutter contre les pirates (les terroristes de l’époque). Cicéron n’aime pas les militaires mais il manigance tout cela, à contrecœur, pour neutraliser ses ennemis et pour devenir Préteur (dernière étape avant la magistrature supreme, Consul). Mais ce faisant, il crée un précédent participant à l’affaiblissement des institutions civiles qui finira par le tuer, lui, et tuer la République vingt ans plus tard.
• La campagne pour le poste de Consul en 63. Par un coup de génie, Cicéron réussit à se faire élire consul contre la conjuration et les millions de Catilina, Hybrida et Crassus.

Cicéron est évidemment le good guy de l’histoire. Le démocrate, le pacifiste, l’intellectuel, le réformateur, l'incorruptible. L’underdog devant naviguer constamment entre trois factions également puissantes qui toutes le méprisent et le traitent de 'parvenu' : le parti des aristocrates patriciens (Caton, Catulus, Hortensius, Lucullus, Catilina…), les millionnaires populistes mafieux (Crassus) et les grand généraux toujours un peu putchistes (Pompée, César). Cicéron, lui, n’a ni un grand nom (son père n’était pas noble mais un simple chevalier), ni fortune (seul son mariage avec une fille de patricien lui permet d’emprunter le million de sesterce nécessaire pour se présenter au Sénat), ni la gloire militaire et la loyauté des vétérans, qui assurent un ‘fast track’ vers le sommet.

Face à cela, ses armes à Cicéron étaient d’un genre nouveau : la loi et la voix.

Sa connaissance de la loi et de la jurisprudence en matière judiciaire et constitutionnelle, en cette fin de République, était une arme efficace, car même les politiciens les plus corrompus se sentaient contraints de respecter les nombreuses formes légales et traditions républicaines.

Son éloquence d’un genre nouveau, faisait appel à l’intelligence et à l’humour de l’auditoire, et plus seulement à la rhétorique théâtrale de la génération précédente. Cicéron appliqua avec succès l’éloquence judiciaire et législative à ses campagnes de terrain, à ses discours au peuple. Et pas seulement le petit peuple de Rome. Profitant du fait que le corps électoral en ces années vient d’être étendu à certaines provinces reculées de l’Italie, il n’hésite pas, fait inouï, à partir en campagne électorale dans ces contrées pendant que ses adversaires se livrent à des enchères pour acheter les voix des quartiers et centuries de Rome. Bref Cicéron était le premier politicien moderne. Il n'est pas non plus un idéaliste naif. S'il défend les citoyens de Sicile contre l'infâme Verres, pour se faire un nom, il va ensuite défendre un gouverneur de Gaule tout aussi corrompu que Verres, parce que les circonstances ont changé. Et, comme tout politicien moderne, il passe son temps à faire de alliances et des compromis secrets, bancals, voire dangereux. Mais il reste républicain, c'est à dire démocrate et partisan des voies légales.

Alternant les campagnes électorales et les procès, les conspirations et les coups de théâtre, le récit de Tiro/Harris est le synopsis parfait pour un thriller juridico-politique hollywoodien. Je ne suis pas certain qu’il soit en tout point conforme à la réalité historique ; par exemple je ne suis pas sur que César et Crassus aient été aussi clairement impliqué dans la conspiration de Catilina et la manière dont Cicéron déjoue le complot est probablement romancée.

Very good read. Very easy in English, by the way.
One review by The Guardian

26 mai 2007

Fermat's Last Theorem, par Simon Singh


J’ai déjà parlé ici de Big Bang de Simon Singh, voici Fermat’s Last Theorem. Exactement comme dans Big Bang avec la cosmologie, Singh fait un roman policier à suspense avec l’histoire des mathématiques.

Ça démarre vraiment comme une crime story. En 1993 à Cambridge, le mathématicien anglais Andrew Wiles stupéfie le monde en faisant, durant un colloque, au tableau, la démonstration du théorème de Fermat qui échappait à tous les plus grands mathématiciens depuis plus de trois cent ans.

En 1637, le mathématicien toulousain Pierre de Fermat écrivit dans la marge de son examplaire du Arithmetica de Diophante la proposition suivante :

Soit x, y et z trois nombres entiers. Soit n un nombre entier.
Si n est supérieur ou égal à trois, il n’existe pas de solution à l’équation :

z(n)= x(n) + y(n)

Et Fermat ajouta négligemment, en latin, la notation suivante : ‘j’ai trouvé une démonstration magnifique à ce théorème mais je n’ai pas la place de l’écrire ici’. Fermat était comme ça, un génie amateur, dilettante et arrogant. Par tempérament et par nécessité (son emploi de clerc au Parlement de Toulouse), Fermat avait en permanence des intuitions géniales mais ne prenait jamais le temps de les développer ; il jetait juste les bases de ses démonstration et mettait au défi les autres grands mathématiciens – souvent riches et oisifs - de compléter. Il était le McEnroe des maths au XVIIème siècle ; il rendait fous de rage tous ses collègues européens avec qui il correspondait.

La fascination rapidement exercée par le théorème de Fermat, au-delà du milieu des mathématiciens professionnels, provient de l’extrême simplicité de son énoncé (qui suggère intuitivement une démonstration simple elle-aussi), et du défi mystérieux derrière la notation de Fermat (j’ai trouvé la solution mais je ne vous la livrerai pas). Tous les plus grands génies des trois siècles suivants se sont essayé à (re)trouver la solution : Newton, Euler, Gallois, Cauchy, Lamé, Kummer etc. Le problème est devenu encore plus mythique lorsque des mathématiciens amateurs et riches ont commencé à promettre des prix substantiels à qui trouverait le Graal des maths : en 1908 l’allemand Paul Wolfskehl laissa par testament une somme de 100 000 marks (environ 700 000 euros d’aujourd’hui) à qui trouverait une solution dans les cent prochaines années.

La résolution du théorème de Fermat était donc à la fois un exploit sportif, une conquête et une (re)découverte : l’Everest, le Pole Sud, le Saint Graal et le trésor des Incas. Un merveilleux sujet de bouquin. Nous sommes bien dans le domaine du sport, de l’inutile, car la résolution du théorème n’a aucun intérêt scientifique ou mathématique majeur. Il a été prouvé des le XIXème siècle que le théorème était vrai pour la plupart des nombres premiers et, partant, pour pratiquement toutes les valeurs de n. Apres 1945, les ordinateurs ont calculé qu’il était vrai pour des milliards de valeurs de n, mais, bon il restait à démontrer qu’il était vrai pour TOUTE valeur de n.

Le théorème de Fermat est un merveilleux sujet en lui-même mais aussi le prétexte parfait pour une histoire amusante et passionnante de l’arithmétique et de la théorie des nombres en particulier. On y redécouvre beaucoup de propriétés merveilleuses des nombres premiers. Par exemple saviez-vous que Pythagore avait fondé une sorte de secte secrète d’adorateurs des nombres, et qu’il fit mettre à mort un disciple qui avait osé suggérer l’existence de nombres irrationnels (qui ne peuvent s’écrire sous la forme d’une fraction de nombres entiers). On y redécouvre certaines des démonstrations les plus élégantes comme la démonstration par Euclide que la racine de deux est précisément un nombre irrationnel. On se replonge dans l’invention des nombres imaginaires (je me souviens encore de mon émerveillement quand on nous a révélé la solution de x2=1, le nombre imaginaire pur i). Bref le bouquin nous promène depuis les grecs jusqu’aux mathématiciens contemporains pour nous expliquer, étape par étape l’apparition des principaux concepts qui ont conduit à la proposition de Fermat et les principales branches des maths qui ont après lui, essayé de le résoudre. Singh sait raconter avec clarté et divertir le lecteur avec des anecdotes sur la vie des grands génies, comme le tragique et romantique destin d’Evariste Gallois (le James Dean, le Jimmi Hendrix des maths).

Mais revenons à Wiles. Ce jeune type, après deux ans passées reclus à chercher secrètement la solution, accède du jour au lendemain à la gloire des grands découvreurs et des grands sportifs. Il rejoint Bob Beamon et Roald Amundsen. Après son triomphe à Cambridge, Wiles livre un manuscrit de 60 pages aux journaux mathématiques qui affectent, simple routine, une demi-douzaine de mathématiciens de diverses spécialités pour examiner et confirmer la démonstration, étape par étape, avant publication. Et c’est le drame, car l’un d’entre eux découvre une petite faille, un maillon faible dans la logique de Wiles. Wiles admet le problème et pense pouvoir le résoudre en quelques jours, mais il s’avère que la faille est fondamentale et détruit la validité de sa preuve. Tout s’écroule. Mais, comme dans un roman, Wiles se remet au travail avec ses collaborateurs pour contourner le problème et tenter d’atteindre véritablement le sommet de la montagne.

Je ne vous dirai pas ici si Wiles a finalement franchi les derniers mètres et réussi à prouver la conjecture de Fermat, car je ne le savais pas moi-même et le suspense participe évidemment au plaisir du livre.

Mais que Wiles ait trouvé ou non la solution, le mystère demeure : Fermat avait-il vraiment trouvé une solution de son coté ou était-il juste en train de se vanter ?
Disons simplement, qu’étant donné la longueur et la complexité de la démonstration de Wiles, empruntant aux concepts et aux constructions les plus sophistiquées des maths du XXème siècle, il est absolument impossible que Fermat ait développé une démonstration similaire. Il parait aussi à peu près impossible qu’il ait trouvé une autre solution avec les outils rudimentaires de l’arithmétique du XVIIème siècle, et que personne d’autre n’aurait retrouvé après lui. Mais il est tentant et romanesque d’imaginer qu’il a griffonné une solution fulgurante au dos d’un carnet disparu…

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Il faut absolument que vous fassiez lire ce bouquin à vos gamins, à partir de 13-14 ans je dirais. Ce petit bouquin passionnant (et facile en anglais) leur apprendra que les maths c’est de l’art, c’est un jeu, c’est un sport, c’est fun, s’ils n’ont pas eu la chance de tomber sur un prof qui leur a fait aimer les maths.

Un autre bouquin sympa sur les maths à faire lire aux ados, c’est Le Théorème du Perroquet de Denis Guedj, une petite histoire policière à la Pennac qui elle-aussi nous entraîne dans la fascinante histoire des nombres.

Le site Simon Singh

17 mai 2007

josé's clandestine dog

Si José Mourinho n’existait pas il faudrait l’inventer. Cette semaine a vu la plus belle, la plus rocambolesque et la plus bizarre des anecdotes mourinesques depuis trois ans que José nous régale de ses excentricités.

Sur information de quelque indic véto, des flics et des vétos assermentés ont débarqué chez les Mourinho pour inspecter le chien de la famille : un Yorkshire terrier répondant au nom de Gullit. Déjà c’est amusant car on imaginerait plutot José d’un chien plus… viril. Bien que de race anglaise le chien aurait été importé récemment du Portugal par le couple ; il est soupçonné de n’être pas en règle au niveau de la législation sur les transferts, pardon sur la rage. (Malgré l’union européenne et l’arrêt Bosman, les animaux doivent toujours subir une quarantaine sévère avant d’entrer en Angleterre).

Prévenu par son épouse, José a quitté précipitamment la cérémonie Chelsea Best Player of the Year Award pour rappliquer furax dans son 4/4. Lui qui n’hésite jamais à insulter les arbitres et les managers adverses, on imagine assez facilement son attitude vis-à-vis de fonctionnaires vétérinaires qui avaient la prétention de donner un carton rouge à Gullit. Alors que la conversation s’échauffait, le ‘special one’ s’est soudain éclipsé pour passer un coup de fil, emportant le petit animal dans ses bras. Next thing you know, plus la queue d’un Yorkshire dans la maison. On suppose qu’un ami du couple est venu récupérer le chien par une porte dérobée, pour lui éviter la raffle.
José se voit alors prié de venir s’expliquer au poste, pour avoir soustrait un animal délictueux au soin des services sanitaires. José a été entendu ; on a pris son ADN et ses empreintes ; et il a été relâché au bout d’une heure contre versement d’une caution.

Pour avoir introduit subrepticement un joueur, pardon un chien, en Grande-Bretagne, José risque un an de prison et une amende carabinée. Et bien sur toutes les polices du royaume sont aux trousses de l’animal. Rappelons que West Ham risque d’etre rétrogradé cette saison pour avoir importé un joueur argentin avec des papiers pas en règle.

Eh oui José c’est ça l’Angleterre : les gangsters russes et les attaquants ukrainiens sont les bienvenus, mais on envoie des sbires pour traquer les chienchiens étrangers des WAGs (Wifes and Girlfriends).

13 mai 2007

Chirac ou la banalité

Au moment de dire good bye Chirac, quelques commentaires sur le remarquable film de Patrick Rotman. Superbes images d'archives et très bonnes interviews de très proches qui ne mâchent pas leurs mots. Mais je suis moins impressionné par le spin qui consiste a' inventer un 'mystère Chirac'.

Le montage de Rotman essaie de véhiculer l’idée d’un mystère Chirac. Il finit par Seguin disant On arrive presque à cerner Mitterrand avec de l’entraînement, mais Chirac personne ne sait qui c’est. Suspense superficiel à mon avis. Car la triste vérité est qu’il n’y a PAS de mystère Chirac – l’homme est véritablement superficiel, psychologiquhement banal. Pourquoi vouloir toujours penser qu’il a un mystère passionnant dans la psyché des grands hommes politiques ? De même je suis 100% derrière Arendt et son concept de banalité du mal – pas besoin de main du démon ou de conjonction psychanalytique exceptionnelle pour produire un Eichmann, un Hitler. Pas de mystère dans le fait que des individus médiocres arrivent au pouvoir et réalisent éventuellement des grandes choses.

Aucune vraie révélation la dessus dans ce film. Passons sur l’amateur de poésie et civilisations orientales, longtemps trop pudique pour en parler, inquiet que ses amis les politiques et les agriculteurs ne se gaussent de ses goûts sophistiqués. Oui, on le savait et tous les interviewés le confirment, Chirac aime véritablement les paysans et les vaches et l’art oriental. Pas d’affectation et pas de mystère non plus. Et alors ?

Chirac est tout simplement un type qui aime les paysans et les vaches et l’art oriental, et le combat politique, et le pouvoir. Plus la politique que l’exercice du pouvoir, chacun le confirme. Il a besoin d’être aimé, respecté, craint. Il aime sincerement la causette avec les gens simples et il aime aussi avidement le luxe et les honneurs. C’est - banalement - un Don Juan qui se lasse rapidement de ses conquêtes et qui n’est d’ailleurs pas doué pour les conserver. C’est tout simplement un Gargantua. Des types comme Chirac il y en a plein dans tous les métiers.

Son camarade de Science Po Rocard parle avec un mélange de tendresse et de mépris du grand escogriffe. Il a eu du talent et souvent courage en politique, une capacité à changer d’idées et d’objectifs en six mois. Cela pourrait être une qualité si il y avait un commencement de ‘colonne vertébrale’ intellectuelle derrière les revirements d’idées ou de stratégies. Mais la longue carriere montre abondamment qu’il n’y a absolument aucune logique derrière les choix de Chirac, autres que conquérir et conserver le pouvoir et écouter le conseiller du moment. Mitterrand était tout aussi cynique que Chirac et beaucoup plus machiavélique encore, et méchant bien sur, au sens Nietzschéen. Mais Mitterrand au moins avait une certaine idée de la France.

Pasqua rend un hommage marqué au grand François et on sent qu’il a été déçu que son poulain s’avère un peu juste au moment d'affronter le plus grand animal politique de son époque. Pasqua admire en connaisseur le grand artiste qu’était Mitterrand – on sent qu’il aurait aimé mettre ses talents au service du Prince Florentin ; il prétend avoir prévenu Chirac qu’il ne serait pas à la hauteur ; il prétend que le débat télévisé a scellé sa défaite humiliante – mais je pense que le seul débat n’explique pas un écart 54/46 et que les gesticulations de Pasqua dans les semaines précédents l’élection ont joué un plus grand rôle.

Maintenant que j'y pense, peut-être que Pasqua travaillait pour Mitterrand finalement.

Intéressans rappels sur Juillet et Garaud les éminences grises de Chirac jusqu'au milieu des années 80, ultra-conservateurs, derrière la trahison et le flingage de Chaban en 1974, la prise de l’UDR en 1975, la conquête de Paris en 1977, l’appel de Cochin en 1978 (hystériquement anti-européen), le flinguage de Giscard en 1981 (Seguin racontant tranquillement comment bien sur, les chiraquiens ont activement travaillé a’ la défaite de Giscard contre Mitterrand.

Et puis les petites phrases des Juillet/Garaud a’ l’égard de leur poulain.
(alors qu’il les remercie de l’avoir forcé a’ se faire élire a’ Paris) C’est bien la Premiere fois que je vois un cheval remercier son jockey(peu après que Mitterrand les ait viré pour tomber tout cru dans l’influence Pasqua) On croyait qu’il était du marbre dont on fait les statues, mais il est du marbre dont on fait les lavabos.

7 mai 2007

tout est bon dans la Juliette

Depuis mon papier sur Le Festin de Juliette j’ai écouté ses autres disques, plus anciens et plus récents, et je peux dire que ‘tout est bon dans la Patronne’. Je suis toujours plus impressionné par l’éventail de ses talents et de son tempérament.

Je citais la filiation Brassens pour la rigueur de l’écriture, l’inscription dans l’héritage littéraire et poétique, la vision du monde; mais Brel, le Brel comique et ironique, est une influence plus claire et plus importante dans son interprétation et sa présence théâtrale, son tempérament d’ogre rageur, qui ose tous les effets de voix, les accents, les pastiches, les blagues (au contraire de la sobriété de Brassens). Juliette a beaucoup chanté le grand Jacques sur scène – elle donne une merveilleuse interprétation des Timides dans Deux Pianos.

Le registre thématique et musical de Juliette ne connaît pas de limites ; elle tente tout et excelle partout, jugez vous-même : elle passe du comique-troupier-fanfare à la Fernandel (Revue de détail) à un texte de poète arabe moyenâgeux (L’Ivresse d’Abhu-Nawas). Elle traduit et chante en latin un texte de Baudelaire (Franciscae Mae laudes), avant un sketch musical electro (Fantaisie Héroique) sur ce truc que dans ma boite de geeks on appelle les MMOG (Massively Multiplayer Online Games – bref les jeux de rôle ‘fantasy’ sur internet). Elle s’inscrit aussi avec plus ou moins de distance dans la belle tradition accordéon-musette (chansons comiques ou ‘réalistes’), et nous fait de pures délires potaches à la VRP, à la Coluche (Tout est bon dans le cochon).

Rimes féminines (1995)

La chanson éponyme, une chanson féministe de combat, ouvre le disque avec brio et musique militaire. Puis l’on passe en revue tout l’éventail des femmes et de la condition féminine : égéries, tueuses, géante, soldate, pute, consommatrice, petite fille modèle, maquerelle, amante, avortée, mère de Carlos Gardel, meneuse de revue.
La plupart des paroles sont de Pierre Philippe, les musiques et arrangements sont de Juliette ou Didier Goret.

J’ai déjà cité Revue de Détail, sketch troupier féminin, coquin avec l’accent. Consorama est une brillante dissertation sur le monde consumériste en forme d’opérette publicitaire, avec orgue hammond et vibraphone (ambiance année cinquante, chœur de jingle radiophonique). La Géante est un conte moyenâgeux érotique inspiré de Rabelais. Puis Juliette nous joue une mère maquerelle de choc sur un air de jazz cabaret (Remontrances) une diva de music-hall Broadway avec I’m still here – Tenir (chanson de Stephen Sondheim). J’ai cité l’influence de Danny Elfman dans Le Festin de Juliette sans savoir que j’allais trouver dans Tueuses sur cet album une citation directe du thème du Noël de Monsieur Jack (clochettes comprises) dans cette chanson composée et arrangée par Didier Goret.

Deux Pianos (1996)

Concert à la salle Gaveau en 1996 avec Didier Goret, ou Juliette reprend la plupart les chansons de Rimes Féminines. Dans une salle classique, il était approprié de commencer par La Petite fille au Piano. Une petite bûcheronne du piano, une bête à concours comme il y en a tant (‘teigne comme l’était Rubinstein’) massacre les touches avec des airs de sainte nitouche et une rage effrayante contre le monde.

Pour préparer le conservatoire
Maman fait mander tous les soirs
De vieux messieurs habilités
A venir vérifier mon doigté
Sur moi ils ne posent pas leurs pattes
Maman l’interdit mais constate
Qu’eux partis, un machin brillant
Scintille au creux de mes rubans


Ca commence mimi donc puis ça commence à se dégrader.

Pour remporter le prix Cortot
(variante live : Pour jouer à la salle Gaveau)
J’ai joué comme on joue du couteau
Et pour épater les clampins
J’suis prête à massacrer Chopin


Puis la petite se déchaîne en improvisions mozartiennes et la voix gronde d’une haine destructrice. Les longs cheveux dans le dos et la robe de percale blanc cachent en fait l’un des anges de l’apocalypse:

Je jouerai pour vos faux prophètes
Et je jouerai pour vos défaites
Je jouerai pour vos dictateurs
Je jouerai quand vous aurez peur
Car on a besoin de virtuoses
A l’heure ou la bombe H explose
Et déchaînant mes sentiments
Je jouerai pour vos enterrements


Apres avoir susurré plusieurs textes intimistes (dont Les Timides, Papier Buvard, La Joconde), Juliette nous donne un autre grand moment de folie avec une bourrée/musette surréaliste aux accents d’Erik Satie: Tout est bon dans le cochon. Elle y déchaîne simultanément ses talents pianistiques et comiques (ce qui va tout de même assez rarement ensemble, il faut l’admettre), un peu comme quand Coluche jouait du violon avec des gants de boxe.

Désormais je veux chanter l’cochon
Le pâté, l’saucisson
Répétons sur cet air polisson
« Qui c’est qu’est bon ?
Ben, c’est l’cochon »


Paroles inoubliables, cette ode à la charcuterie prend des accents philosophiques (‘philosophique de base’ précise Juliette entre deux couplets) :

En ces temps d’régime allégé
La résistance
Passe par le gobage effréné
D’rillettes du Mans
C’est une drogue, une friandise
A un tel point
Qu’on en planque dans les valises
Comme Jean Gabin


Juliette et Didier s’amusent comme cochons en foire. La chanson se termine en un délire potache. On refait la coda, pour avoir un truc plus comme-il-faut (enregistrement salle Gaveau, rappelons-le…) et re-délire total.

Mutatis Mutandis (2005)

Mutatis Mutandis (ce qui devait changer ayant été changé) est le dernier en date des albums de Juliette. La patronne ne se contente pas de faire de grandes chansons (ici pour la première fois elle a aussi écrit toutes les paroles), elle les assemble en donnant une unité de couleur et de thème à chacun de ses albums. Rimes Féminines est une ode aux femmes et à la féminité ; la dominante, le fil rouge de Mutatis Mutandis, un disque plus sombre et plus inquiétant, c’est l’érudition latine, les mythes et les sonorités orientales, méditerranéennes.

La chanson éponyme nous parle de magie et de décadence.

Du temps que j’étais belle
Et bien un peu puérile
Je transformais les hommes en animaux
O combien de marins O combien d’imbéciles
J’ai changé en pourceaux
Mon nom vous parle encore
De légendes anciennes
Je m’appelle Circé
Et je suis Magicienne


Mutatis Mutandis
Ici je veux un groin
Un jambon pour la cuisse
Et qu’il te pousse aux reins
Un curieux appendice
Maintenant je t’impose
La couleur d’une rose
De la tête aux coccyx
Mutatis Mutandis


L’Incantation magique de Circé change ensuite de nature ; les hommes sont irrécupérables et le cochon – animal sympathique - est encore trop bon pour les eux ; pour hâter la fin du monde, Circé va donc nous pousser du coté des rongeurs et des charognards.

Mutatis Mutandis
Ici je veux des dents
Que ton poil se hérisse
Qu’il coule dans ton sang
La fureur et le vice

Mutatis Mutandis
Que brûle dans ton cœur
La haine et l’avarice
Et prend du prédateur
La sinistre pelisse
Sois aveugle et sois sourd
Et mène au sacrifice
La pitié, et l’amour


Dans Maudite Clochette, une soubrette modèle nous conte son sale métier dans les beaux quartiers et comment elle finira bien pour couper la tête à sa patronne.
Ambiance plus légère, Le Congres des Chérubins est une charmante comptine sur la réunion annuelle du syndicat des puttini, fesses a l'air et joues rebondies. Enfin deux beaux duos, l’un avec Guillaume Depardieu, l’autre comique avec son alter ego bourvillesque, François Morel (Mémère dans les orties).